Figure importante de l’Est montréalais au tournant du 20e siècle, Mgr Georges-Marie Lepailleur a contribué à façonner le paysage religieux, social et urbain de plusieurs quartiers emblématiques de l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.
Né à Châteauguay le 25 septembre 1858, Georges-Marie Lepailleur poursuit ses études au Collège, puis au Grand Séminaire de Montréal. Il est ordonné prêtre en 1882. En 1889, il est affecté à la nouvelle paroisse du Très-Saint-Nom-de-Jésus, fondée dans la ville industrielle de Maisonneuve, où il assiste le chanoine Tancrède Adam. En 1892, il devient le premier curé de la paroisse.
Parmi ses premières tâches, il mène à terme la construction du presbytère, finalisée en 1894. Il intervient également dans la vie civique locale, notamment en négociant avec les dirigeants de la St. Lawrence Sugar un aménagement d’horaire permettant aux ouvriers d’assister aux offices du dimanche soir. Il appuie aussi le développement d’infrastructures urbaines : éclairage public, réseau d’aqueduc, pavage des rues.
Nommé curé de Saint-Enfant-Jésus du Mile-End en 1897, il y fonde à son retour d’un séjour en France en 1910 l’une des premières cliniques de la Goutte de Lait à Montréal. Ce service visait à améliorer la santé des nourrissons en distribuant du lait pasteurisé. En 1913, il accueille dans sa paroisse le premier congrès québécois consacré à ces initiatives.
En 1915, Lepailleur est de retour dans l’Est montréalais comme curé de Saint-François-d’Assise. L’année suivante, il joue un rôle central dans la création du Cimetière de l’Est — aujourd’hui le Repos Saint-François-d’Assise — afin de répondre aux besoins funéraires croissants des populations de l’Est. En 1917, dans le contexte du mouvement des jardins de guerre, il met à la disposition de la Commission des écoles catholiques de Montréal un terrain paroissial adjacent à l’école Boucher-de-la-Bruère, rue de Lavaltrie, pour permettre aux élèves d’y cultiver des potagers.
En 1921, à la suite de l’incendie de l’église de La Nativité à Hochelaga, il est nommé à la tête de cette paroisse pour superviser les travaux de reconstruction. Il y voit l’occasion de concrétiser un projet plus large : établir un évêché autonome pour l’Est de la ville. L’église reconstruite, conçue par les architectes Viau et Venne, adopte une échelle monumentale et une ornementation ambitieuse, notamment une niche peuplée de 300 personnages sculptés. Le projet d’évêché ne se réalisera toutefois pas.
Mgr Lepailleur meurt en fonction le 4 décembre 1935, après plus d’un demi-siècle de ministère. Son parcours illustre la manière dont certains membres du clergé ont accompagné — et parfois orienté — le développement social et urbain des quartiers populaires de Montréal au début du 20e siècle.
Image : Mgr Lepailleur vers la fin des années 1910 alors qu’il est curé de Saint-François-d’Assise; Collection Félix Barrière, BAnQ
