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Atelier d'histoire

Mercier-Hochelaga-Maisonneuve

Café de l’Est

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Bien loin des feux du centre-ville, le Café de l’Est fut l’un des rares lieux de l’est montréalais où la culture francophone populaire a brillé avec autant d’éclat. Pendant plus de trois décennies, ce cabaret de la rue Notre-Dame Est, au cœur de Hochelaga-Maisonneuve, a offert au public un accès privilégié à la chanson, à l’humour et au spectacle.

Avant l’apparition du Café de l’Est, le coin sud-est des rues Notre-Dame Est et Bennett était occupé par des terrains de tennis. Dans les années 1930, le site change de vocation avec l’ouverture d’un club sans permis, le Club de l’Est, qui devient tour à tour le Club social démocrate, puis un restaurant licencié nommé Café Yvon Robert. Ce n’est qu’en 1944 que le lieu prend véritablement son envol : l’homme d’affaires Albert Fortin y fonde le Café de l’Est, bientôt repris par Léo Larchevêque, qui façonne son identité et en fait une véritable institution de l’est montréalais.
Alors que les grands cabarets sont concentrés au centre-ville et misent sur un répertoire anglophone, le Café de l’Est adopte une approche résolument francophone. Des artistes venus de France — Charles Trenet, Jean Lumière, les Compagnons de la chanson — s’y produisent, accompagnés d’un orchestre de danse. Avec une capacité de 500 à 600 personnes, le cabaret peut offrir des spectacles à grand déploiement.

Dans les années 1950, il devient un lieu de prédilection pour les artistes de variétés québécois. Des figures comme Rose Ouellette (La Poune), Juliette Pétrie et Olivier Guimond y présentent leurs numéros mêlant humour, musique et théâtre. Au cours de la décennie suivante, la scène se renouvelle avec les groupes yé-yé — Les Baronets, Les Gendarmes, César et les Romains — et des chanteuses comme Ginette Reno et Michèle Richard, qui font vibrer les murs du cabaret au rythme d’une jeunesse en pleine effervescence.

À la fin des années 1960, les cabarets entrent en déclin. La télévision transforme les habitudes culturelles, et ces lieux deviennent peu à peu associés à des milieux troubles, marqués par la drogue et la violence. En 1971, le nouveau propriétaire, Dominique Mandanice, modifie la vocation du Café : une partie est convertie en discothèque, l’autre devient une salle de spectacle plus modeste. Les grandes vedettes disparaissent, remplacées par un concours d’amateurs, Donnez-moi ma chance, plus connu pour les moqueries que pour la découverte de talents.

Le 10 octobre 1980, le cabaret tourne définitivement la page. Il devient successivement le Xanadu Disco Club, le Disco Club Turbo, La Panthère de Nuit, puis le Bar L’Énergie, un établissement contrôlé par les Rockers, groupe affilié aux Hells Angels.

Le 8 décembre 1998, un incendie criminel ravage le bâtiment. Il est démoli peu après, emportant avec lui les dernières traces physiques d’un lieu qui, pendant plus de trente ans, avait fait rayonner la chanson et le spectacle francophones dans le quartier.

Image : Le Café de l’Est, 8 octobre 1974; Collection numérique, Fonds La Presse; BAnQ

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