Edith Maud Eaton, de son pseudonyme Sui Sin Far (« narcisse » en cantonais), est née en Angleterre en 1865 d’un père anglais et d’une mère chinoise. Elle est la deuxième d’une famille de 14 enfants. La famille Eaton quitte l’Angleterre pour s’installer à Rochester dans l’État de New York, puis au Québec à partir de 1874. Les Eaton vivent à Hochelaga de 1878 à 1882 puis dans le quartier St-Jean-Baptiste.
Son père, Edward Eaton, travaille comme commis-comptable en plus d'être un artiste. Selon Edith Maud, sa famille est très pauvre durant ces années-là. Ses parents la retirent donc de l’école à l’âge de 10 ans et elle doit vendre de porte en porte des tableaux de son père et ses propres travaux de dentelle.
Edtih Maud Eaton a toujours été de santé fragile. Elle souffre de dilatation cardiaque, séquelle d'une fièvre rhumatismale. Sa vie est déterminée par les aléas de sa condition. En 1898, son médecin lui recommande de partir pour la côte ouest américaine. Elle y vit dans les quartiers chinois de villes comme San Francisco, Los Angeles et Seattle tout en faisant de fréquents retours à Montréal pour visiter la famille.
Victime de préjugés dans sa jeunesse, elle se fait la défenseure de la communauté chinoise nord-américaine dans ses écrits. Avec humour et ironie, elle brosse un portrait réaliste de cette communauté. Ses premiers articles sont publiés dans des journaux montréalais comme le Dominion Illustrated, le Montreal Star et le Daily Witness. C'est d'ailleurs dans un périodique montréalais qu'elle écrit une nouvelle qui décrit le village d'Hochelaga, avant même l'arrivée de la filature Hudon, en 1874. Plus tard, ses articles connaissent une large diffusion dans des périodiques de Kansas City, Los Angeles, New York et Boston. Un recueil de ses articles et nouvelles sur la communauté chinoise, Mrs. Spring Fragrance, est publié en 1912. La protagoniste de ce livre est eurasienne, comme Edith Maud. Elle peut ainsi combattre de l’intérieur les préjugés qui affligeaient les Chinois d’origine et les Eurasiens. Une sœur d’Edith Maud, Winnifred (1875-1964), a aussi connu une longue carrière d’autrice et de scénariste. Elle utilisait le pseudonyme japonais Onoto Watanna.
Après avoir déménagé à Boston en 1909, elle revient s'installer à Montréal. C’est là qu’elle décède le 7 avril 1914. Elle est inhumée au cimetière Mont-Royal. En reconnaissance de son travail pour la communauté chinoise, celle-ci érige un monument sur sa tombe qui, même après 110 ans, est toujours fleurie du printemps à l’automne, signe que sa communauté ne l’a pas oubliée.
Auteur : André Cousineau
Image : Edith Maud Eaton, Collection privée de Diana Birchall. CC BY-NC-SA 4.0.
