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Atelier d'histoire

Mercier-Hochelaga-Maisonneuve

Enfants et cinémas

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Dans les années 1920, les enfants d’Hochelaga-Maisonneuve étaient accros au cinéma. Bien avant la télévision, Internet ou les jeux vidéo, les salles obscures constituent le grand divertissement populaire et occupent une place centrale dans les loisirs des jeunes.

Le tragique incendie du Laurier Palace, survenu le 9 janvier 1927 et ayant fait 77 victimes parmi les enfants, donne lieu à une vaste enquête publique menée par le juge Louis Boyer. Au-delà du drame, les témoignages recueillis permettent aujourd’hui de mieux comprendre cette véritable passion pour le cinéma et la place qu’elle occupait dans le quotidien des familles ouvrières.

Le succès du cinéma tient d’abord à son accessibilité. À Hochelaga-Maisonneuve, on retrouve alors quatre salles de quartier : le Laurier Palace, le Napoléon, le Lord Nelson et le Théâtre Maisonneuve. Au Laurier Palace, une place au balcon coûte seulement 10 cents pour les enfants alors que les adultes paient 28 cents au parterre. À l’inverse, le théâtre, l’opéra ou les récitals sont surtout concentrés au centre-ville et demeurent plus coûteux.

En théorie, les enfants doivent être accompagnés d’un adulte. Dans les faits, cette règle est peu respectée. Le jour de l’incendie, les 305 places du balcon sont occupées et plusieurs jeunes sont debout ou assis dans les marches. Selon les témoignages, à peine une trentaine d’adultes accompagnent des enfants.

L’enquête révèle aussi que plusieurs fréquentent le cinéma chaque semaine, parfois plusieurs fois. Pour payer leur billet, certains travaillent déjà malgré leur jeune âge, notamment dans des usines comme la Dominion Textile. D’autres vendent des journaux, effectuent de petits boulots ou reçoivent quelques sous de leurs proches. Adrien Gauthier, 10 ans, obtient même son entrée gratuitement grâce à un concours de tarte à la rhubarbe organisé par le cinéma.

Les témoignages montrent aussi toute l’ingéniosité des enfants : visite chez une tante, promenade au parc ou recherche d’emploi servent parfois de prétexte pour aller au cinéma.

Parmi les histoires les plus frappantes, celle de Germaine Pelchat, 10 ans. Sa mère accepte de donner 10 cents à son frère Roméo, mais refuse d’en faire autant pour elle. Germaine se rend tout de même au Laurier Palace et réussit à s’y faufiler. Elle ressort indemne. Son frère, lui, compte parmi les 77 victimes.

L’enquête montre enfin que l’attrait du cinéma dépasse largement les limites immédiates du quartier. Des enfants venant de Longue-Pointe ou de Sainte-Marie font eux aussi le déplacement jusqu’au Laurier Palace, en payant à la fois le billet d’entrée et le coût du tramway. Une preuve supplémentaire de l’immense place qu’occupait déjà le cinéma dans la vie des jeunes Montréalais des années 1920.

Auteur : André Cousineau
Image : Billet de 10 cents du Laurier Palace avec la photo de Roger Pageau, l’une des victimes; Collection Pierre Pageau
Publication originale : Facebook, Atelier d'histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, 27 mai 2026

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