La communauté italienne a profondément marqué l’histoire de l’est de Montréal après la Deuxième Guerre mondiale. Pourtant, bien avant cette grande vague migratoire, quelques pionniers venus d’Italie s’installent déjà à Mercier au cours des premières décennies du 20ᵉ siècle. Ouvriers agricoles issus des campagnes italiennes, ils arrivent à Montréal à la recherche de travail et d’une vie meilleure, la plupart débarquant directement au port de Montréal tandis que d’autres transitent par New York.
Les premiers indices de leur présence dans Mercier-Est apparaissent dans le recensement de 1911. On y dénombre 12 immigrants : 11 résident dans l’ancien village de Beaurivage et un autre sur l’avenue Mercier, à Longue-Pointe. Les cinq qui occupent un emploi travaillent tous comme journaliers à la cimenterie Vulcain Portland, devenue en 1909 une composante du conglomérat Canada Cement. L’usine était située à l’ouest de St-Jean-de-Dieu, au nord de Notre-Dame, entre les actuelles rues Beauclerk et des Futailles.
En 1911, on recense également deux maisons de pension tenues par les épouses de travailleurs qui accueillent des bordandi, nom donné à ces immigrants récents avec ou sans emploi. L’une est située rue St-Joseph (aujourd’hui Curatteau), l’autre rue Perrault (plus tard rue Bruneau, aujourd’hui disparue).
Les registres paroissiaux permettent aussi de suivre leur implantation. Les premiers baptêmes des enfants de ces travailleurs sont célébrés à Saint-François-d’Assise entre 1908 et 1911, puis à St-Victor à partir de 1912. Les prêtres francophones et les énumérateurs ont parfois de la difficulté à transcrire correctement les noms de famille, une situation aggravée par le fait que plusieurs travailleurs sont analphabètes. Le cas le plus frappant est celui de William Delvecchio, inscrit sous le nom de William Lévesque dans le recensement de 1911.
En 1913, la Canada Cement est forcée de déménager ses installations à Montréal-Est à la suite des plaintes répétées des Sœurs de la Providence contre la poussière qui incommodait les patients de St-Jean-de-Dieu.
Ce déménagement favorise l’installation progressive des travailleurs italiens dans la paroisse St-Victor, surtout sur la rue Hector, entre Souligny et Sherbrooke. Le premier baptême célébré dans cette paroisse est d’ailleurs celui d’Aurelio Troianni, fils d’Alessandro et de Maria Bartilencia. Son parrain, Leonardo Del Vecchio (aussi connu sous le nom de William Delvecchio) est contremaître à la Canada Cement et possède plusieurs bâtiments rue Hector où résident des travailleurs italiens.
Le recensement de 1931 confirme le lien étroit entre cette communauté et la cimenterie. Sur les 29 travailleurs habitant principalement la rue Hector, 18 sont employés par la Canada Cement. Les autres travaillent notamment à la Montreal Locomotive, à la raffinerie Imperial Oil ou occupent divers emplois.
Sans être encore nombreuse, cette première présence italienne contribue déjà à façonner le paysage humain de Mercier.
Auteur : André Cousineau
Image : Immigrants arrivant à Montréal, début du 20e siècle (après 1905). MEM - Centre des mémoires montréalaises
Publication originale : Facebook, Atelier d'histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, 20 mai 2026
