Pendant des décennies, impossible de manquer la Canadian Vickers lorsqu'on longeait le port de Montréal. Avec ses immenses hangars, ses grues et ses ateliers s'étendant sur plus de 50 acres, l'entreprise dominait le paysage d'Hochelaga-Maisonneuve. À son apogée, dans les années 1940 et 1950, plus de 2 000 travailleurs franchissaient chaque jour les portes du chantier naval.
L'histoire de la Vickers débute en 1911, alors que le gouvernement canadien cherche à développer une industrie navale capable de soutenir la toute nouvelle Marine royale du Canada. Attirée par les avantages offerts par le port de Montréal et la Ville de Maisonneuve, la firme britannique Vickers Sons & Maxim choisit d'y établir sa filiale canadienne.
Le projet aurait toutefois pu tourner court avant même le début des opérations. Construite en Angleterre, la gigantesque cale sèche flottante Duke of Connaught entreprend la traversée de l’Atlantique à l’automne 1912, remorquée par deux navires. À l’approche des côtes canadiennes, une violente tempête provoque la rupture des câbles de remorquage. Sans moyen de propulsion, l’imposante structure dérive dangereusement vers les côtes rocheuses de la Nouvelle-Écosse. Alors que tout semble perdu, un changement de vent inespéré la repousse vers le large. Après plusieurs jours d’incertitude, la Duke of Connaught atteint finalement Montréal.
Cette arrivée mouvementée marque le début d'une longue aventure industrielle. Les deux guerres mondiales assurent la prospérité de l'entreprise, qui produit des centaines de navires militaires, des sous-marins, des cargos et du matériel de guerre. En 1923, la Vickers se lance également dans la construction d'avions et d'hydravions destinés notamment à l'armée canadienne. La Seconde Guerre mondiale lui permet même de contribuer à l'essor de l'industrie aéronautique montréalaise, qui mènera à la création de Canadair. Au fil des décennies, l'entreprise diversifie ses activités dans la métallurgie, les équipements industriels, les composantes nucléaires et même la fabrication des premiers wagons du métro de Montréal.
Après près de 80 ans d'existence, la Canadian Vickers ferme définitivement ses portes le 31 décembre 1989. Malgré plusieurs restructurations, l'entreprise peine à composer avec la concurrence internationale et le déclin de l'industrie navale montréalaise. Le coup de grâce survient lorsque son principal client, le département de la Défense des États-Unis, responsable d'environ 75 % de son chiffre d'affaires, rapatrie ses contrats de sous-traitance. La fermeture de la Vickers marque la fin d'un chapitre important de l'histoire industrielle d'Hochelaga-Maisonneuve.
Auteur : Olivier Dufresne
Image : Vue aérienne vers l'est de la compagnie Canadian Vickers dans les années 1950. Coll. AHMHM, Fonds M. Boswell (AHMHM_F0017_MBOSWELL_D0001_PHOTOS_0004)
Publication originale : Facebook, Atelier d'histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, 3 juin 2026
