Au Québec, particulièrement à Montréal, le 1er juillet est synonyme de déménagement. Si cette coutume est bien ancrée dans la culture québécoise, la date du 1er juillet, elle, est relativement récente.
Dans son étude sur la ville de Québec au 18e siècle, l’historien Yvon Desloges souligne qu’une ordonnance de l’intendant François Bigot témoigne de la préférence marquée des locataires pour déménager au printemps, surtout le 1er mai. Cette pratique est ensuite consacrée par le Code civil du Bas-Canada de 1866, qui fixe le 1er mai comme terme habituel des baux résidentiels.
Au début du 20e siècle, le mouvement ouvrier revendique l’abolition des baux annuels. Cette demande figure parmi les sept points du programme du Parti ouvrier lors de l’élection provinciale de 1919. Si elle peut sembler surprenante aujourd’hui, cette revendication répond aux réalités de l’époque. Les ouvriers occupent souvent des emplois temporaires et ne disposent pas de garantie de revenu à long terme. Dans ce contexte, l’obligation de signer un bail d’un an est perçue comme un fardeau qui accentue la précarité des ménages ouvriers. Malgré ce programme, le système des baux annuels demeure inchangé.
Durant la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement fédéral instaure un contrôle des loyers par l’entremise de la Commission des prix et du commerce en temps de guerre. En 1951, il cède cette responsabilité au gouvernement du Québec, qui crée la Commission des loyers, l’ancêtre du Tribunal administratif du logement.
Au début des années 1970, le Québec réforme le droit locatif. Le 1er janvier 1974 entre en vigueur la «Loi concernant le louage des choses». À cette époque, le 1er mai est encore la date à laquelle se terminent les baux résidentiels, mais, l’année suivante, le projet de loi no 79 y met fin. Pour faciliter le changement de date, la loi prévoit de repousser au 30 juin 1975 les baux arrivant à échéance le 30 avril ou le 1er mai. Le 1er juillet prend ainsi la nouvelle date du «grand déménagement».
Cette réforme est généralement bien accueillie. En reportant les déménagements après la fin des classes, elle évite à de nombreuses familles de devoir changer d’école en cours d’année. De plus, la journée de déménagement coïncide avec un jour férié, ce qui évite de devoir prendre congé pour déménager. Contrairement à une croyance tenace, ce changement n’a pas été instauré pour faire concurrence à la fête du Canada.
Auteur : Olivier Dufresne
Image : Scène de déménagement, 1983. Coll. AHMHM, Fonds Régent Gosselin
Publication originale : Facebook, Atelier d'histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, 1 juillet 2026
