Le central Bell «Clairval», situé au 6045 rue Sherbrooke E., fait parti de ces bâtiments qui participent à une remise à neuf du réseau de l’entreprise Bell. Il apparaît pour la première fois dans le répertoire Lovell’s en 1939, année du début de sa construction, afin de remplacer un ancien central du même nom située sur le boulevard Pie-IX, dans Maisonneuve, qui était toujours manuel. Le processus d’automatisation avait été entamé quelques 15 ans auparavant et atteignait finalement l’est de la ville. Central de téléphonie «à cadran», ou automatique, le Clairval sur Sherbrooke n’aurait donc plus besoin de téléphonistes pour les appels locaux.
Ce déplacement d’un central vers l’est de l’île, plus encore que l’était Maisonneuve, faisait partie des plans de la compagnie depuis le début des années 1920. Bien qu’on pourrait penser à une diversification géographique et sociale des quartiers desservis, Claire Poitras, dans son ouvrage «La cité au bout du fil», nous indique qu’au contraire, Bell plaçait plutôt ses pions afin d’assurer son monopole à Montréal. En effet, le quartier entourant le nouveau central Clairval n’est pas encore développé au moment de son inauguration et la population pouvant être desservie est peu nombreuse, mais prévoyant son développement prochain, Bell y installe déjà un central automatique. L’histoire leur donnera raison car quelques années plus tard, les grands développements résidentiels de Louis-Riel et la création de deux nouvelles paroisses feront rapidement croître la population dans ce secteur.
La construction du bâtiment se termine en 1940 et c’est dans la nuit du 21 au 22 septembre 1940, à Minuit d’après la presse de l’époque, que la centrale à cadran Clairval est mise en marche. En 1948, une soumission est déposée par Bell afin de construire une annexe du côté ouest de la bâtisse originale. À partir de 1950, on témoigne d’ajouts de lignes téléphoniques. Bien qu’on ne connaisse pas la date exacte de la fin des travaux, les photos aériennes des années 1950 et 1960 nous indiquent que le bâtiment a sa taille actuelle en largeur en 1961. En 1955, le central change de nom pour Turcotte, mais le bâtiment conserve l'appellation Clairval. Bien qu’il ne serve plus sa vocation d’origine, l’édifice est toujours la propriété de Bell Canada.
Auteur : Simon Veilleux
Image : Croquis présentant l'allure du futur central. Le Jour, 13 mai 1939
Publication originale : Facebook, Atelier d'histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, 19 juillet 2023
