Derrière la façade un peu banale du 3877-3887 Sainte-Catherine E. (au coin de Bourbonnière) se cache l’histoire du Théâtre Lord Nelson, un cinéma qui a fait le bonheur des petits et des grands pendants près de 40 ans.
Alors que le cinéma s’impose comme le loisir par excellence de la classe ouvrière, en 1913, la famille grecque des Lazanis profite de cet engouement pour ouvrir deux cinémas dans le quartier : le Théâtre Napoléon et l’Alhambra. L’affaire est vraisemblablement un succès puisqu’en 1917, ils ouvrent le théâtre Lord Nelson.
Si le cinéma est populaire, il n’en reste pas moins que c’est un loisir qui comporte sa part de risque. Les pellicules de nitrate sur lesquelles les films sont enregistrés sont hautement inflammables et les incendies ne sont jamais loin. Le Lord Nelson va connaître au moins trois incidents du genre qui, heureusement, ne feront pas de morts.
D’abord, en novembre 1924, le projectionniste Jack Vaillancourt (ou Arthur Hébert, les journaux ne s’accordent pas sur le nom) s'empare à main nue d’une bobine en feu. Cela lui vaudra de graves brûlures, mais les pompiers interviennent à temps pour limiter les dégâts. En octobre 1931, les journaux rapportent un autre feu dans le théâtre qui n'endommage que deux projecteurs et le film lui-même. Finalement, en octobre 1938, un feu se déclare dans la salle de projection du Lord Nelson. Grâce à la présence d'esprit du projectionniste F. Filiatreault le feu est maîtrisé. Cette fois-ci, la salle de projection est équipée d’un extincteur, ce qui est bien pratique.
Le cinéma est muet jusqu’en 1928, mais très rapidement, le son s’impose dans les salles au Québec. Dès 1931, 104 des 214 cinémas dans la belle province en sont équipés. Le Lord Nelson suit la tendance et les Lazanis n'hésitent pas à mettre à jour leur technologie. Dans un article publié en 1935, on annonce que « la direction vient de faire installer un nouvel appareil sonore Northern Electric».
Toutefois, après la guerre, l’arrivée de la télévision fait une rude concurrence aux salles de cinéma. Au Québec, les entrées passent de 59 millions en 1952 à 22 millions en 1963. Dans le quartier, le Lord Nelson est parmi les premières victimes de ce changement. Après 1955, on ne trouve plus de trace de ce cinéma dans les journaux. En 1956, le théâtre Maisonneuve ferme ses portes et finalement, le théâtre Napoléon, rebaptisé le théâtre Orléans, ferme ses portes en 1963.
Auteur : Olivier Dufresne
Image : Photo de la façade du Théâtre Lord Nelson publiée dans Montreal Movie Palaces: Great Theatres of the Golden Era, 1884-1938
Publication originale : Facebook, Atelier d'histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, 30 septembre 2026
